- Titre du livre : Les derniers jours de nos pères
- Auteur: Joël Dicker
- Maison d’édition: Edition de Fallois
Pitch: Londres, 1940. Soucieux de pallier l’anéantissement de l’armée britannique à Dunkerque, Winston Churchill a une idée qui va changer le cours de la guerre : créer une branche noire des services secrets, le Special Operation Executive (SOE), chargée de mener des actions de sabotage et de renseignement à l’intérieur des lignes ennemies et dont les membres seraient issus des populations locales pour être insoupçonnables. Du jamais vu jusqu’alors.
Mon avis: ❤❤❤
Alors là, il est vraiment impensable d’imaginer que ce livre fut refuser par moultes maisons d’édition. Premier roman de Joël Dicker, notamment connu pour son incroyable roman « La vérité sur l’affaire Harry Québert », je l’ai découvert lors d’un voyage en Ecosse avec mon père. Ce livre avait bien voyagé, il m’avait accompagné jusqu’à Bali, où je n’avais point eu l’occasion de le sortir de mon sac. C’est donc sur les routes des Highlands qu’il rejoignit mes lectures, et comme je fus heureuse de le découvrir à ce moment précis!
Ceux qui me connaissent le savent, je suis très intéressée par tout ce qui touche à la seconde guerre mondiale depuis mon enfance. Ici, je découvre encore une nouvelle facette de ce conflit mondial, au travers des services secrets anglais. Rien que pour ce point, qui me permit d’apprendre pleins de choses sur l’espionnage, je dis merci à l’auteur. Mais ce n’est pas la mine d’informations historiques qui fit de ce roman un coup de cœur littéraire. Non, ce qui est la richesse de ce roman, c’est bien sur l’histoire qu’il raconte.
Ah! Comme j’ai été chamboulée! Comme j’ai été malmenée! Oui, car ce livre vient toucher pile là où nos émotions les plus profondes sont enfouies. C’est un livre époustouflant car il nous renvoie à nos propres interrogations, nos propres choix décisifs. Ces choix, nous les vivons à travers cette bande de jeunes espions, qui sans le prévoir deviendront une famille, qui ont fait le choix de sacrifier leur liberté, leurs parents, parfois même leurs vies entières, pour combattre le nazisme en France.
On va suivre leurs péripéties, souvent dramatiques, difficiles, affreuses, tout en s’attachant à eux, car ils nous rappellent nos amis, par bien des aspects. Ils sont attachants, remplis de jeunesse et d’espoir, effrayés, courageux, mystérieux, loyaux, fidèles les uns aux autres, et pourtant, ils vont être confrontés à ce que l’Homme sait faire de mieux et de pire à la fois: la guerre.
Enfin, ce qui m’a le plus marqué au fil de cette histoire, et ce qui me hante depuis, c’est que l’un des personnages va se retrouver à devoir faire un choix. Un choix fatidique. Un choix impensable, infaisable, difficile. Un choix face auquel n’importe quel lecteur sera brisé, s’interrogeant lui même: « Et moi, qu’aurais-je choisi? ». C’est ce choix et ses conséquences qui me hante souvent, quand je repense à cette histoire. Ce choix, et l’effet papillon qu’il engendre, l’impact qu’il va avoir sur chacun d’entre eux, héros comme bourreaux, personnages énervants comme attachants. Joël Dicker est un peintre aux pinceaux remplis d’humanité dans tout ce qu’elle a de plus belle, de plus fort, mais aussi dans toute sa monstruosité, sa méchanceté, son injustice. Il est devenu, après cette troisième lecture, l’un de mes auteurs préférés, difficilement détrônable.
J’ai aimé ce livre. Il m’a fait passé quelques courtes nuits. Je l’ai commencé dans le vol reliant Paris à Edimbourg. Je l’ai terminé dans un café de l’aéroport d’Edimbourg, buvant tasse de thé sur tasse de thé face à mon père. Pour bien des raisons, je m’en souviendrais toujours.
La petite citation qui donne envie:
« – Pourquoi tu ne m’appelles jamais Doff ?
– Parce qu’Adolf, c’est un beau prénom. C’est pas parce que Hitler-du-cul t’a piqué ton prénom qu’il faut en changer. Tu sais combien y a d’hommes dans la Wehrmacht ? Des millions. Alors, crois-moi, tous les prénoms du monde sont dedans. Pour un peu que t’ajoutes les collabos et la Milice, notre compte est définitivement bon à tous. Est-ce qu’il faut qu’on s’appelle par des noms que personne n’a salis, comme Pain, Salade ou Papier de chiotte ? T’aimerais que ton gamin s’appelle Papier de chiotte, toi ? »